Ce film évoque avant tout la quête de sens, la recherche de soi d’une femme en constante évolution, ou plutôt en perpétuelle hésitation. The Worst Person in the World, ce titre, c’est peut-être ainsi que Julie se voit elle-même. Elle avance, tâtonne, se perd, tentant de combler un vide intérieur qu’elle ne sait pas nommer.
Tromper, mais sans vraiment trahir. Faire du cinéma, sans vraiment s’y consacrer. Vouloir un enfant, puis renoncer. Chaque choix semble suspendu entre un désir fugace et un doute persistant, comme si elle était toujours en décalage avec sa propre vie.
La scène où le temps s’arrête est l’une des plus belles du film : poétique, onirique, presque hors du réel. On aimerait en voir davantage, car ces moments apportent une respiration à un récit qui, parfois, effleure plus qu’il ne creuse. La scène des champignons offre un autre instant suspendu, bien que plus conventionnel, et peut-être moins porteur de sens.
Certaines thématiques sont esquissées sans être véritablement explorées : MeToo, les règles, les tabous dans l’art… autant de sujets posés, mais jamais interrogés. À ce titre, la scène où l’ex de Julie se fait reprendre par deux féministes est particulièrement marquante : lui, excessif ; elles, bien-pensantes et moralisatrices. Un échange qui amuse autant qu’il illustre le manque d’engagement du film sur ces sujets.
Ce qui frappe le plus, c’est que, malgré les épreuves, les ruptures, le passage du temps, Julie ne change pas. Tandis que les autres évoluent – Eivind se stabilise, Aksel disparaît – elle, demeure en suspens, insaisissable. Elle rompt, fuit, échappe à toute construction. Le chapitrage du film renforce cette impression : à chaque nouveau chapitre, tout semble possible… et pourtant, peu de choses adviennent réellement.
Peut-être que son hymne à la liberté est, en réalité, la réponse qu’elle cherche sans le savoir. Une clé qu’elle détient déjà, mais qu’elle peine à reconnaître en elle-même.